Dans La Haine de l’Occident, Jean Ziegler raconte les dérives du capitalisme et comment notamment les compagnies pétrolières détruisent le Nigeria, provoquant des millions de morts.
Oui, le huitième plus gros producteur mondial de pétrole est l’un des vingt pays les plus misérables de la planète !, écrit Ziegler.
Les mêmes affairistes, à peine plus diplomates mais tout aussi introduits dans les cercles du pouvoir, œuvrent près de chez nous. À quelques pas de ma maison, Total dépollue une ancienne friche industrielle avec des méthodes pour le moins douteuses.
En 2004, le groupe pétrolier tenta une prise par surprise des riverains. L’air devint irrespirable et des hydrocarbures polluèrent l’eau des canalisations. Les travaux furent interrompus.
Fin 2008, ils recommencent dans un cadre cette fois borné par les services de la santé publique. Mais chose étrange, Total emploie des huiles essentielles sensées masquer les odeurs (les émanations de H2S). En fait ces huiles ne masquent rien du tout. Quand il n’y a pas de vent, comme ce matin, l’air est tout aussi puant qu’en 2004. L’odeur est simplement autre.
Alors pourquoi Total et les autorités administratives tiennent-ils à remplacer une odeur par une autre ?
Autour du chantier ont été disposé des détecteurs de produits nocifs. Mais une fois mêlés aux masquants les produits nocifs sont-ils toujours détectables par les détecteurs ?
Nous ne le savons pas. Quand on a posé la question, personne ne nous a répondu (la formule des huiles essentielles n’a été communiquée que partiellement). Tout ce que nous savons c’est que Total refuse de payer une dépollution sous chapiteau et que notre administration laisse faire. Le pétrolier dépollue à l’économie sous prétexte qu’il fait marcher l’économie.
Ce qui se passe au Nigeria se passe aussi près de nous. Des hommes restent prêts à tout pour s’enrichir. Le plus lamentable dans cette histoire est que Total délègue pour ces viles missions des sous-fifres qui ne gagnent pas grand chose. Je me demande comment ces malheureux employés rentrent le soir dans leur famille. Osent-ils se regarder dans la glace ?
– T’as fait quoi papa aujourd’hui ?
– J’ai intoxiqué quelques Français. Trois fois rien, ils ne le sauront sans doute jamais.
Et puis il y a tous ceux qui couvrent ce jeu. Ceux qui ne veulent pas perdre la face pour leurs erreurs de 2004. Nous sommes loin du gagnant-gagnant. Tant que les hommes se cacheront derrières les entités qui les emploient, nous ne régleront aucune des crises contemporaines.
Pour certains, nous traversons un soubresaut historique. Quelques ajustements au capitalisme, quelques mesures écologiques et quelques révisions institutionnelles nous ramènerons à la normale.
Je ne cherche même pas à savoir ce qu’ils entendent par normale, sachant que ce qui serait normal pour moi ne le serait pas pour eux.
Pour d’autres, dont je suis, nous nous trouvons à la veille d’une transition historique. Qu’est-ce qu’une transition ? Une période après laquelle plus rien ne peut plus être comme avant. Par exemple, les cyanobactéries ont provoqué une transition il y a trois milliards d’années en injectant l’oxygène dans l’atmosphère.
La transition est rarement instantanée, même celle qui mit fin aux dinosaures. Par exemple, entre le découverte de la sphéricité de la terre et la prise de conscience effective de la planète, il aura fallut plus de 2000 ans.
Pour ce qui nous concerne, je vois d’un côté de la transition, le paradigme pyramidal, de l’autre, le paradigme réseau. Bien qu’incompatibles, ces deux paradigmes coexistent déjà. Nous sommes dans la même situation que les Grecs. Ils vivaient comme si le monde était petit et plat mais quelques-uns, Alexandre en particulier, conçurent leur vie dans le monde immense et sphérique. Aujourd’hui, si la plupart des entreprises respectent le modèle pyramidal, certaines ont déployé depuis une trentaine d’années des structures en réseau.
La transition, bien que pressentie, n’est jamais inéluctable. Ératosthène a pensé la transition vers le monde immense et sphérique mais elle a bien manqué ne jamais survenir. Il est fort possible que la transition vers les réseaux ne se fasse pas ou ne se fasse que dans des siècles.
Je crois que si nous ne transitons pas ce sera une catastrophe. En 2050, nous serons 9 milliards (et les études montrent que ce chiffre variera peu quelles que soient les mesures de régulation des naissances adoptées). À 9 milliards, le vieux paradigme ne suivra pas. Le command and control sera inapplicable à moins de ne sombrer dans une terrible dictature ou de traverser un génocide monstrueux qui ramènera la population à un volume adapté au pyramidal.
Donc soit le système pyramidal va dans le mur et nous pousse au suicide collectif, soit il se durcit. Dans le deux cas, ce sera dramatique et des hommes se dresseront pour empêcher ce massacre. Je me dis souvent que mes enfants devront faire la guerre. Ce n’est pas une pensée optimiste.
Heureusement, il y a une autre possibilité. Nous transitons d’un paradigme à l’autre. La transition sera alors comme je l’ai déjà écrit spontanée, violente ou accompagnée.
Spontanée j’aimerais bien mais elle ne l’est pas pour le moment. Partout des gens meurent à cause de la crise du système actuel. Ce n’est pas la transition qui les tue mais ses prémices.
La violence est aussi déjà présente. Le système se défendra et la violence redoublera. Les drames que nous connaissons aujourd’hui n’apparaitront que comme des escarmouches.
Notre devoir me semble alors d’accompagner la transition qui débute pour éviter les débordements ou tout au moins les minimiser. Nous devons apprendre à vivre heureux à 9 milliards sur notre planète. Nous n’avons guère d’autres choix. Voila pourquoi j’ai parlé de la nécessité d’une politique de transition.
Le paradigme réseau commence à s’éclaircir. Il repose sur la décentralisation, la responsabilisation, la transparence, la liberté, l’action locale, le déploiement de la longue traîne… À chacun de ces mots, on peut en opposer d’autres dans l’ancien paradigme pyramidal : centralisation, représentation, secret et censure, esclavage, action globale, ultra-capitalisme…
Pour chacun de ces couples, nous devons imaginer des méthodes de transition. La technique la plus simple est que chacun de nous se place dans le nouveau paradigme et agisse selon ses nouvelles règles. C’est la logique même du paradigme. Mais pour le moment l’autre est aussi opérationnel et je ne vois pas pourquoi ceux qui s’en sentent la vocation ne pourraient pas tenter de le transformer de l’intérieur.
Certaines parties du vieux paradigme résisteront mais si certaines commencent à céder, tout le reste risque de suivre. J’admets que cette possibilité est peu probable mais je ne vois pas pourquoi nous ne la tenterions pas.
À la fin de son article publié dans le numéro spécial de Politis d’octobre-novembre, Susan George écrit :
C’est en nous libérant du néolibéralisme et en embrassant un keynésianisme d’un genre nouveau que nous pouvons nous libérer de la prison de la crise triangulaire [sociale, économique, écologique].
Malheureusement, le keynésianisme nouveau ou pas reste englué dans l’ancien paradigme à la source de tous nos maux. Je ne crois pas à cette solution, même si je conçois qu’elle peut nous faire progresser sur le bon chemin. Au mieux, c’est une politique de transition. J’ai alors poursuivi mon dialoguie avec Susan.
Lettre à Susan George
« Comme toi, je crois à l’urgence.
« Je suis d’accord sur tout ce que tu dis sauf sur la solution.
« En fait, tes propositions me paraissent bonnes, je suis pour, je vote les yeux fermés. Si j’étais chef d’État, j’adopterais tout de suite tes mesures. Mais je ne le suis pas et je doute qu’elles suffisent et qu’elles ne soient pas pires que le mal. Je doute car je suis incapable de prévoir l’avenir et les mesures aussi globales me paraissent potentiellement dangereuses (aussi dangereuses que le capitalisme qui lui aussi est global).
« Tu parles sauvent de la nécessité de sauver la biodiversité, c’est vital ! Nous devons aussi préservé l’humanodiversité… notamment la diversité des solutions pour nous attaquer à la crise. Et justement, nous souffrons avant tout d’une crise de l’uniformisation. En globalisant, nous avons réduit l’artisanat, nous avons réduit la diversité des modes de vie… nous nous sommes mis en danger car nous ne connaissons plus qu’une réponse à nos maux alors qu’il nous faut en tester un grand nombre. Nous devons globaliser la diversité.
« En adoptant une solution par le haut, nous contribuerons encore plus à l’uniformatisation. Nous nous mettrons encore plus en danger. En 1941 aux États-Unis, le problème était simple, un envahisseur, il exigeait une réponse simple. Aujourd’hui, le problème est complexe, il exige des réponses complexes.
« Ton analogie du triangle ne prend pas en compte la complexité. Nous devons penser complexe, nous devons changer de mode de penser pour résoudre la crise mondiale. Nous devons adopter des méthodes d’action organiques parce que nous traversons une crise organique, celle de biosphère et en même temps de la noosphère.
« Contre le capitalisme, c’est nous qui avons le pouvoir. À commencer par les plus riches d’entre-nous. Tu dis que tu ne vois pas de parti ou d’avant-garde mobilisé, tu as raison. Mais les hommes libres commencent à se mettre en marche. Des gens comme toi doivent leur montrer le chemin, c’est un peu ce que tu fais à la fin de ton article.
« Tu dis que nous avons dix ans. En dix ans nous avons construit Internet. Et nous n’étions pas si nombreux que ça. En dix ans, nous pouvons tout changer… mais il faut justement que des nouveaux chevaliers partent au combat. Il faut que les plus riches ne se supportent plus quand ils se regardent dans la glace le matin et qu’ils usent de leur richesse pour devenir des militants.
« Il faut que les hommes eux-mêmes changent et le monde changera. Tous comme les plus pauvres, les plus riches, toi, moi, nombre d’Occidentaux, ne s’aiment plus. Ils ont besoin d’un autre rêve, d’une mission, j’en suis sûr. Et ils sont des millions et ils ont les moyens d’agir.
« Nous devons rendre leur vie psychologiquement insupportable et leur révéler d’autres possibilités existentielles. Dans mon prochain livre, je raconte comment j’ai traversé cette transformation. J’espère en inciter d’autres à faire de même.
« Une chose est sûre, on escalade la même montagne… et ce n’est pas plus mal qu’on s’y attaque par des faces différentes. »
Juste avant de conclure son article Susan évoque avec ironie la possibilité de créer l’ordre des « Conquérants du carbone », des « Chevalier du vert Avenir » ou des « Défenseurs de la Mère Terre ». Susan est ironique car elle ne croit pas que le changement puisse venir de nous. Suivant l’ancien paradigme, elle croit qu’il est plus facile de convaincre les puissants pour qu’ils nous imposent une solution, la bonne solution.
Réponse de Susan
« Je n’ai rien contre, bien au contraire, ce que tu appelles « l’humano-diversité ». J’entends ça environ trois fois par semaine et je suis d’accord. Je ne décourage ni l’action individuelle, ni à plus forte raison la participation d’individus à des mouvements plus larges. Tout cela me semble toutefois présupposer que « les gens » vont habiter les campagnes ou des villages et obtenir la plupart de leurs nécessités localement, comme il y a cent ans. Admettons que l’on pourrait faire des AMAP partout, des bicyclettes, etc. OK, parfait. [… mais] malgré tous les efforts individuels-locaux, je crois quand même qu’on va continuer a fabriquer des voitures, des TGV, voyager en avion, construire de grands immeubles, avoir des usines, avoir des machines à laver, faire du commerce et que les chinois et les indiens et tous ceux qui s’enrichissent actuellement […] vont consommer plus de viande et d’énergie.
« Que faire en attendant que les multitudes deviennent suffisamment actives pour leur proposer autre chose, ou qu’ils se dégoutent de la richesse ? […] Militer pour des solutions en occident comme je les propose et qui n’exclut pas les tiennes — je donne même aux très riches des incitations pour faire ce que tu veux qu’ils fassent.
« La conversion, c’est surement beau mais c’est très rare. Saint Francois est mon saint préféré mais même parmi les saints les Francois sont rares. »
Ma réaction
Justement ce qui était rare jadis, dans la société pyramidale qui s’est construite sur l’offre limitée, se banalise aujourd’hui. Nous avons commencé à libérer l’information, nous allons libérer l’énergie et tout le reste comme devrait le montrer Chris Anderson dans son prochain livre. Chacun de nous est en train de devenir un vecteur de libération. C’est possible parce que la société bascule peu à peu du mode pyramidal au mode des réseaux.
Le keynésianisme est une méthode top down. Il peut fonctionner quand la pyramide est solide et claire. Aujourd’hui, les réseaux la brouillent, la complexité percole de toutes-parts. Les hommes de pouvoir n’ont plus aucun pouvoir sinon celui de prendre des décisions qui seront probablement néfastes.
Alors pourquoi pas la création d’un nouvel ordre de chevaliers ? Il ne se préoccuperait pas d’environnement mais de faire changer les gens. Et il commencerait par ceux placés au plus haut de la pyramide et, chaque fois que quelqu’un serait converti, il deviendrait à son tour chevalier. Il profiterait de la pyramide elle-même pour aller plus vite vers la société des réseaux, la seule à mon sens capable de résoudre la crise.
C’est par le rêve d’une autre civilisation que nous résoudrons la crise. Les approches « sauver les meubles » n’ont aucune chance d’aboutir car trop de gens, protégés au sommet de leurs pyramides, ne sont pas en danger.
Nous devons inséminer le rêve dans tous les esprits. Comme l’eau, le changement s’accumule derrière le barrage et soudain il déferle. Ce n’est pas parce que nous avons l’impression que rien ne change, que rien ne change. Les changements se produisent là où on ne les voit pas. Ils se jouent aujourd’hui dans les consciences. Et c’est elles qui règleront la crise.
Contrairement à ce que les économistes ont longtemps supposés, nous ne sommes pas des animaux rationnels. On aura beau nous dire que la planète se meurt nous ne ferons rien tant que nous ne seront pas en danger direct.
Nous sommes capables de prendre un bateau et de traverser l’océan à la poursuite d’un rêve. Nous ne partons pas simplement parce que ce serait bon pour les autres.
Sans rêve, il faudra attendre le dernier moment.
La renaissance dont se gargarise Sarkozy pourrait être ce nouveau rêve pour les hommes : pas sauver la planète mais vivre autrement. Si de plus en plus de gens découvrent dès maintenant qu’ils peuvent être plus heureux, je crois qu’ils changeront parce quelque chose de profond les animera, quelque chose qui touche notre égoïsme le plus primaire.
Le 22 octobre, Sandrine Campese, étudiante à la Sorbonne, m’a interviewé pour son mémoire. Voici sont transcript (uniquement pour ceux qui n’ont jamais rien lu ici).
– Bonjour Thierry, parlez-moi de votre parcours, d’où vient votre passion pour le net ?
– Au départ, je suis un ingénieur, un technicien. Par la suite, je suis devenu journaliste dans la presse informatique. Puis j’ai écrit des livres de vulgarisation sur Internet. À l’époque, Internet était vu comme un amusement. En France, ceux qui en parlaient n’étaient pas pris au sérieux. Ça commence tout juste à changer.
Parallèlement, j’ai écrit des romans, des carnets de voyages, des essais. En 2000, j’ai commencé à travailler sur Ératosthène et c’est au cours de ce travail que ma conscience s’est éveillée. Regarder en arrière m’a aidé à mieux voir le présent. L’idée du Peuple des connecteurs m’est venue après avoir entendu Daniel Picouly dire que sa génération, ma génération (les quadra), n’avait rien fait. J’ai voulu montrer à l’inverse que nous étions en train de tout bousculer, notamment via le net.
– Et votre intérêt pour la politique ?
– Le peuple des connecteurs est devenu un livre politique malgré moi. Je me suis rendu compte que j’entrais en politique en l’écrivant. J’ai après suivi la campagne présidentielle 2007. J’ai eu l’occasion de rencontrer certains candidats pour les besoins de mon livre, Le cinquième pouvoir. Le candidat qui passait alors le mieux sur le net était Bayrou. Quand je l’ai rencontré pour l’interviewer, je l’ai invité le soir même à la « République des blogs » et il a accepté de venir. De tous les leaders, c’était alors le seul qui comprenait que le net changeait la façon de faire la politique. J’ai longtemps cru qu’il comprenait aussi que ça changeait la politique elle-même. C’était une illusion de ma part. La suite l’a depuis démontré.
Pendant la campagne, je lui avais conseillé de dissoudre l’UDF sans attendre. Il avait fait comprendre aux Français qu’il était hors-système, il fallait donc qu’il en sorte ! Comme il ne l’a pas fait, sa position a été contradictoire et donc mal comprise par les Français. Tout cela n’était de sa part que du marketing, mais un marketing amateur.
L’équipe de Nicolas Sarkozy pense qu’Internet ne change rien une fois qu’on est au pouvoir. Quant aux socialistes, ils ont été opportunistes en étant actifs pendant les primaires, puis plus rien.
– Vous avez l’air vraiment convaincu du pouvoir du net sur la politique !
– Plus rien ne sera comme avant à cause du net, pris au sens large ! Le problème c’est que les politiques donnent des réponses traditionnelles aux problèmes sans tenir compte du fait que tout est interconnecté. Or dans un monde interconnecté, il ne faut pas chercher à tout prix des solutions globales qui aillent à tous, au contraire, il faut aller vers la plus petite échelle en prenant des mesures locales. Les terroristes sont les premiers qui ont compris l’efficacité d’un tel système en s’organisant en petits groupes et en réseaux. Par conséquent, il est vain de vouloir lutter contre le terrorisme à l’échelle planétaire, c’est illogique !
– À quel moment la politique s’est-elle emparée du net ?
– Internet a toujours était un terrain politique. Les activistes l’ont très tôt utilisé car ils y trouvaient un espace d’expression alors que les espaces traditionnels leurs étaient fermés. J’en ai pris conscience en lisant Richard Stallmann, le père du logiciel libre.
En 2002, l’élection sud coréenne est officiellement la première à s’être jouée grâce au net. Puis il y a les fameuses primaires démocrates de 2003/2004 aux États-Unis. L’équipe d’Howard Dean a tout inventé, celle d’Obama a reproduit le modèle en l’améliorant, c’est tout. C’est ainsi en 2004/2005 que les politiciens français ont compris qu’il se passait quelque chose.
– Quand et pourquoi avez-vous créé votre blog ?
– Les premiers billets datent de fin 2005, peu avant la sortie en librairie du Peuple des connecteurs. Je voulais continuer d’écrire ce livre même après sa sortie. C’est ce que j’ai fait et continue de faire. En trois ans, j’ai écrit sur mon blog l’équivalent de 1500 pages de livre !
– Quel est le principal atout d’un blog ?
– C’est une tribune qui permet d’exercer sa liberté d’expression.
– Quels sont les limites des blogs en politique ?
– Tenir un blog prend une énergie folle. Pour un militant, c’est un travail gigantesque. Pour influer, il faut persévérer.
Le problème, c’est que 99,99% des blogueurs commentent l’actualité. Ils ajoutent du bruit au bruit médiatique donc ça ne sert à rien. Trop de blogueurs voient Internet comme un média alors qu’il est un territoire.
Je me sers de mon blog comme un atelier d’écriture. Je ne commente presque jamais l’actualité. Je ne suis pas un journaliste. Dès que je pense à quelque chose d’intéressant pour moi, j’écris un billet pour éclaircir cette pensée. Les commentateurs m’aident alors à me relire.
Durant la campagne 2007, les sites de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal n’ont servi à rien puisque nos candidats n’avaient pas d’idée. En 2005, pour la constitution européenne, c’était différent. Les intellectuels pouvaient débattre sur internet. Ils pouvaient s’y exprimer mieux qu’à la télé, c’est pour ça qu’internet a compté dans ce référendum.
– À quand faites-vous remonter l’utilisation politique des réseaux sociaux ?
– Howard Dean a mené campagne via un réseau social appelé MeetUp. Par ce biais, il a réussi à trouver des soutiens, récupérer de l’argent, faire des sondages. Malheureusement il n’avait pas de discours et pas de cohérence.
Obama a utilisé les réseaux sociaux avec la même technique que Dean. Plutôt que de demander de l’argent à de gros donateurs, à qui il aurait dû rendre des comptes par la suite, il a levé des fonds grâce à de nombreux petits donateurs, ce qui nous laisse espérer qu’Obama sera un Président moins soumis aux affairistes. Mais il ne faut pas trop rêver.
– Pourquoi faire campagne sur les réseaux sociaux ? Quels sont les avantages concrets ?
– Contrairement aux blogs, qui demandent un travail de fond, qui nécessitent de savoir écrire, de maitriser les contenus vidéos…, faire campagne sur les réseaux sociaux revient à « ne rien faire » ou presque. Il suffit de s’inscrire et de regrouper ses militants. Cela demande donc moins de temps et d’engagement.
Comparés aux réseaux sociaux, les blogs sont élitistes. Quand on regarde les bloggeurs les plus influents, comme Le Meur, Versac, Casabaldi, Carnet de nuit, Voisin…, ils travaillent tous dans la pub ou la com. Il n’y a pas de hasard. Parmi eux, il y a parfois des militants. Mais c’est rare.
– Quels liens y a-t-il entre les médias du net et les médias traditionnels ?
– Ils commentent tous l’actualité. Ils se copient les uns les autres. Ils font tous la même chose.
– Que pensez-vous de l’utilisation de Facebook en politique ?
– Facebook est un excellent outil de mobilisation politique pour recruter des sympathisants, envoyer des mails, spammer. À mon sens, Facebook est fait sur-mesure pour la politique. Je ne vois pas quel autre intérêt cela peut avoir ! Si, c’est un super annuaire.
– Êtes-vous à l’origine de l’expression « Cinquième pouvoir » ? Quelle réalité recouvre ce terme ?
– L’expression est utilisée aux États-Unis depuis les années 60. C’était le titre d’un magazine de culture underground libertaire, The Fifth Estate. En France, le concept a été repris pour parler du renouveau du marketing. Ignacio Ramonet l’a plus tard repris en parlant d’une « nouvelle presse ».
Pour moi, le cinquième pouvoir, c’est la force qui émerge de la décentralisation d’une multitude de pouvoirs jusqu’alors confisqués. Presse, énergie, monnaie… C’est ça faire de la politique.
Le Cinquième pouvoir dénonce le système représentatif dans lequel les gens se déresponsabilisent à force de déléguer leur pouvoir. Or dans une époque globale, la responsabilité doit être locale. Il faut que chacun assume ses responsabilités et cesse de déléguer tout le temps !
Les hommes politiques et les experts ne peuvent admettre qu’il existe un Cinquième pouvoir car cela reviendrait à abdiquer du leur ! D’ailleurs, ils craignent internet car il savonne le « pyramidal ».
– Mais ce système que vous décrivez n’est-il pas un peu anarchique ?
– Non, évidemment, car la Justice est toujours là, les lois sont toujours appliquées. Donc l’autorité ne disparaît pas.
Une fois encore, tout part du local. Face aux grands patrons, je suis convaincu qu’il faut réinventer l’artisanat. Quand je fabriquerais des voitures à mon nom, originales, moins chères… Renault fera faillite !
– Donc il s’agit d’aboutir à une société uniformisée ?
– J’ai dit ça ? Si je fabrique mes voitures et que tu fabriques les tiennes, c’est tout sauf uniforme. C’est aujourd’hui qu’on est uniforme. Je ne propose pas une nouvelle idéologie. J’ai juste l’impression de constater ce qui se passe déjà (bon pour mes voitures faudra un peu attendre).
En raison de l’interdépendance, les gouvernants n’ont plus de marge de manœuvre. La sagesse veut que l’on agisse à petites échelle, au niveau de l’individu et des réseaux sociaux (pas que virtuels). Aujourd’hui, les politiques se trompent : ils foncent au lieu de tâtonner. Pourtant, si vous vous retrouvez dans une pièce entièrement plongée dans le noir, vous ne vous mettez pas à courir, n’est-ce pas ? Eh bien les politiques, il faut croire que si !
– Y a-t-il un courant politique qui représente votre position ?
– Il n’y en a pas, il ne peut pas y en avoir. Le cinquième pouvoir est formé d’hommes libres. Parfois je dis que je suis un libéral altermondialiste mais ce ne sont encore que des mots et des étiquettes inutiles.
– Quel est l’atout majeur des réseaux sociaux comme Facebook quand on veut faire de la politique ?
– C’est leur coté viral. Contrairement aux médias « one-to-many », come la télévision, les réseaux sociaux sont « many-to-many ». Ils ne nécessitent pas une grosse audience pour avoir de l’impact.
Par exemple, pendant la campagne référendaire sur la Constitution européenne, Étienne Chouard avait un argument fort pour défendre le « non ». Il n’était pas idéologique mais logique, et son texte s’est propagé aux amis des amis des amis… Il est clair que les réseaux sociaux facilitent la circulation d’infos. Il suffit d’un clic !
Mais en s’inscrivant sur Facebook, les hommes politiques oublient qu’une fois qu’ils sont élus, ils existent toujours sur le réseau. Ceux qui les ont soutenus restent organisés et peuvent très bien se retourner contre eux s’ils sont insatisfaits.
– Que pensez-vous de la Fédération numérique, sorte de « réseau social militant » créé par l’UMP ?
– J’ai rencontré Thierry Solère, son créateur, qui est quelqu’un d’intelligent, assez cynique, et très conscient de l’intérêt politique du net. Mais j’ai envie de lui dire « laissez internet tranquille ! ». Il veut mettre le net au service d’un système pyramidal, sous tutelle, alors qu’il faut faire tout l’inverse.
– Quels sont les limites des réseaux sociaux ?
– Le problème n’est pas directement lié aux réseaux sociaux. Simplement, il y a deux systèmes qui communiquent mal. Un système pyramidal qui correspond à l’« ancien » monde et un système non pyramidal qui correspond à un monde nouveau. Or on cherche à ce que le nouveau monde des réseaux influence l’ancien monde pyramidal ! Mais il n’y a pas assez d’interdépendance. Tant que TF1 sera surpuissant, rien ne changera. Mais ça va changer.
– Plus globalement, quels sont les dangers du net ?
– Aujourd’hui, les hackers sont devenus une communauté très puissante sur la planète. Ils sont 1M, 1M5 organisés en réseaux et peuvent lancer du jour au lendemain une guerre numérique. Ils ont la capacité de paralyser les États-Unis en court-circuitant les ordinateurs et les systèmes de communication. L’Estonie a été paralysée comme ça, par deux hommes, alors avec 1M5, vous pouvez imaginer les dégâts ! Pour l’instant, les hackers laissent faire, mais ils ont le pouvoir.
Imaginons une jeune politicienne à qui un grand parti offre une candidature prestigieuse. Quels conseils pourrais-je lui donner ?
Vous croyez sans doute que je vais lui dire de laisser ce vieux monde et de faire autre chose. Et bien non. Toute expérience est bonne à prendre. Mener une campagne, être soutenu par les pontes, être élu, puis exercer un rôle d’élu est une expérience sur laquelle on ne doit pas cracher si on dispose des compétences requises.
Si j’avais refusé d’être manager à vingt-huit ans, je suis sûr que je n’écrirais pas tout ce que j’écris aujourd’hui. Je n’aurais jamais touché du doigt l’absurdité du système pyramidal.
S’engager est une chose. Pour défendre qu’elles idées ? Ma jeune politicienne est consciente des deux paradigmes. Elle sait que le pouvoir ne peut plus fonctionner comme avant. Pour gagner du temps, elle a envie de se plonger directement dans le nouveau paradigme mais par quel bout le prendre ? C’est un territoire vierge qui fait flipper.
Ok, elle peut y pénétrer. Faire des signaux de fumée, appeler des gens à la rejoindre. C’est un peu ce que je fais. Mais c’est une politicienne, elle a besoin d’agir dans le concret et d’agir avec les autres.
J’entrevois pour elle une possibilité. Si nous avons deux paradigmes, nous avons une transition possible de l’un à l’autre. Cette transition peut être spontanée, violente ou accompagnée. Nous avons dans tous les cas besoin d’une politique de transition. Ma jeune politicienne peut en devenir la championne. Elle ira au pouvoir pour favoriser la transition. La liberté d’expression. La liberté des monnaies. La liberté de l’énergie. En même temps, elle tentera de réduire le pouvoir de l’oligarchie. Non cumul des mandats. Introduction de tirage au sort. Séparation des assemblées constituante et législative. Mesures en faveurs des entrepreneurs indépendants. Ce combat prépare à la transition, il peut nous aider à la passer en douceur.
Si le parti, qui n’a pas sa place de l’autre côté de la transition, refuse de soutenir la jeune politicienne dans sa démarche, elle ne doit pas se soumettre et elle doit regagner sa liberté, créer un nouveau mouvement, un mouvement de transition.
Si le parti au contraire la soutient, elle doit prendre sa chance, c’est une chance pour nous tous de traverser la crise sans trop y laisser de plumes.
Il serait en revanche dangereux que la jeune politicienne, une fois au pouvoir, oublie ses anciennes idées. De là haut, elle ne pourra pas changer le monde. Elle ne pourra pas prendre des décisions qui nous rendront soudain heureux.
Tout ce qu’elle pourra faire, c’est comme le judoka user de la force du système pour l’aider à basculer dans un autre état. C’est un beau projet, une belle mission.
Nous avons d’un côté l’ancien paradigme : société pyramidale et changement induit par le haut. Nous avons un nouveau paradigme : société en réseau et changement émergeant.
Demain, je rencontre Corinne Lepage. C’est une politicienne de l’ancien paradigme. Elle pense par lui mais elle est assez ouverte pour entendre qu’il existe une nouvelle possibilité. J’essaierai, encore une fois, de la lui présenter.
Je crois tout d’abord que les deux paradigmes sont incompatibles car les décideurs d’aujourd’hui veulent conserver leurs prérogatives. Il ne peut exister qu’un paradigme dominant.
Si on fait de la politique, on peut choisir l’un ou l’autre des paradigmes. Comme presque tout le monde choisit l’ancien, je choisis le nouveau. Si comme Corinne j’étais un leader politique secondaire, je choisirais le nouveau car je me différencierais et labourerais un champ nouveau. Et si comme je l’estime le nouveau paradigme s’installe, je deviendrais peu à peu un leader politique populaire.
Puisque tous les politiciens et tous les activistes essaient de sauver le monde avec l’ancien paradigme, mon devoir serait d’essayer le nouveau. Cette chance, même infime, ne devrait pas être négligée.
Je suis déjà un outsider, je n’ai rien à perdre.
Ce que je veux, c’est un monde meilleur.
Je laisserais les gens le sauver avec les vieilles recettes, ils sont innombrables à œuvrer sur cette voie et je ne leur manquerais pas. Pendant ce temps, je tenterais autre chose.
Comme le nouveau paradigme suppose l’émergence des changements, il est incompatible avec la poursuite d’objectifs électoraux. Son ambition, c’est changer le monde de l’intérieur, en agissant sur les hommes. Je créerais donc un mouvement politique qui a pour ambition d’induire le changement en chacun de nous.
Le mot émergence est très important. Il s’oppose aux décisions explicites prises par quelques personnes. Dans le nouveau paradigme, les politiciens doivent semer des graines qui provoqueront des émergences. Ils doivent être des stimulateurs et non plus des représentants.
Sarkozy est l’homme type de l’ancien paradigme.
Si le nouveau paradigme s’installe, il apparaîtra comme un ringard, un dinosaure immature. Cet homme qui se croit capable d’amener une nouvelle renaissance est incapable d’imaginer autre chose que ce qu’il a toujours connu.
Il est simplement accroché au paradigme dominant et, en tant que l’un de ses illustres représentants, il est responsable de la crise actuelle car le vieux paradigme l’induit. On ne peut prétendre régler la crise en se revendiquant de lui.
Le capitalisme n’est pas responsable de nos maux. Il n’est lui-même qu’une conséquence du paradigme qui impose une structure hiérarchique à l’humanité et qui implique que, plus on est haut placé, dans la pyramide plus on consomme. Abattre le capitalisme et garder le paradigme ne changera rien. Les gauchistes ne veulent pas l’entendre et même les alter, c’est dramatique.
J’essaie de montrer que le paradigme dominant, au-delà de ses incarnations, capitalistes, socialistes ou autres, est la cause de nos maux. Je ne suis qu’au début de ce chemin.
J’en reviens à l’action.
Dès qu’on parle de politique alternative, les politiciens grimacent car, s’ils renoncent aux élections, ils renoncent aux financements officiels des partis.
Je leur propose d’utiliser le système.
Présentez vous mais ne cherchez pas être élus. Utilisez l’espace médiatique qui sera ouvert pour induire le changement dans les hommes. Ne cherchez pas à les convaincre de voter pour vous mais de changer.
Vos discours diffèreront du tout au tout. Vous pourrez dire la vérité puisque vous ne serez plus là pour gagner. Votre but sera que tout le monde gagne sur le chemin de sa vie. Vous ignorerez les représentants de l’ancien paradigme et éveillerez les hommes au nouveau.
En ne poursuivant plus d’objectifs électoraux, vous vous dégagerez en même temps des contraintes géographiques. Votre mouvement s’étendra à la planète et ce n’est qu’un mouvement planétaire qui sauvera la planète.
Je vois dans les commentaires des gens qui critiquent mon système. Mais où ai-je exposé un tel système ?
Dans mon prochain livre, à la poursuite d’Ératosthène, j’explique même qu’il ne peut pas exister de système universel (logique je ne suis pas essentialiste) mais seulement des systèmes qui valent pour les individus qui les forgent (logique aussi vu mon attachement à la liberté).
Le système de Thierry suppose que chacun donne son avis, dit un commentateur.
Je n’ai jamais dit ça, j’ai même souvent écrit le contraire. Je reproche justement au système démocratique la nécessité pour tous de donner leur avis lors du vote. Non, je préfère un monde où seuls ceux qui en éprouvent le besoin donnent leur avis, ça fait souvent déjà beaucoup de gens. Ils ne le donnent pas à dates fixes mais quand la nécessité se fait sentir. On passe d’un mode rigide à un mode plus dynamique. La technologie nous donne cette possibilité.
La démocratie où nous participerions tous en même temps à chaque décision est une absurdité.
Que ce soit clair, le système de Thierry ne vaut que pour Thierry. Si des morceaux de ce système intéressent d’autres personnes, ils les piquent librement.
La viralité
Quand je parle de développement viral, je ne parle pas de marketing viral. Je ne fais pas du marketing. Le marketing a pour but de faire vendre. Je parle d’idées qui par leur force propre réussissent à se propager de proche en proche.
C’est alors à chacun de décider si l’idée l’intéresse, s’il veut l’enrichir, s’il veut la propager. Quand je parle du virus « Déchirons nos cartes de visite et parlons en notre nom », je ne manipule personne. Si à partir de ce blog, ce virus se propage, personne n’aura manipulé personne.
Quand Étienne Chouard a diffusé son argumentaire contre le TCE, il ne connaissait personne, il n’était jamais passé à la télé. Les gens ont choisi de propager son texte parce que ce texte leur plaisait.
Je ne suis pas sectaire
Si j’ai un système, c’est tout au plus celui de la prudence. Si une approche par le haut règle la crise mondiale, j’en serais heureux. Je milite pour une autre approche parce que je crois que cette approche par le haut souffre de maux rédhibitoires.
Elle est déjà à l’œuvre et rien ne change.
Elle est à l’œuvre depuis si longtemps que l’ont peut lui imputer la responsabilité de la situation contemporaine.
Elle est lourde a mettre en œuvre car elle passe par des consensus difficiles à obtenir, sinon elle se transforme en autoritarisme.
Une fois lancée, son inertie interdit les ajustements et surtout les revirements. Et les crises demandent justement beaucoup de souplesse.
Elle n’est pas organique alors que nous sommes des organismes.
Elle n’est pas adaptée à la résolution de problèmes complexes (ceux dominés par les feedbacks et où les parties ne sont pas plus simples que le tout).
Elle a été imaginée en un temps de faible interdépendance et nous vivons une époque d’interdépendance massive.
Elle est dispendieuse à cause des coûts exponentiels de la structure de management.
Comme elle s’appuie sur des hiérarchies, elle ne favorise pas la discussion et la remontée des idées. Pour le dire autrement, elle n’est pas créative et nous avons besoin de créativité en temps de crise.
Elle implique l’uniformité des solutions, ce qui rend le système vulnérable.
En résumé, elle peut s’avérer pire que le mal. Et jusqu’à preuve du contraire, elle me le démontre tous les jours.
Cette méthode par le haut a théoriquement de nombreux avantages, le principal à mon sens étant que nous sommes habitués à elle. Mais justement il s’agit de changer nos habitudes. Quand au fait que cette méthode soit rapide et efficace, je n’y crois pas. Nous en avons depuis longtemps la démonstration. Il ne se passe rien. Elle ne peut être rapide et efficace que pour résoudre des problèmes dont nous connaissons déjà la solution.
Ses défenseurs se rassurent en croyant qu’avec elle nous contrôlerons ce qui se produira. Illusion. Nous ne contrôlons rien dans un système dominé par l’interdépendance. Nous devons le vivre, nous déformer avec lui, évoluer avec lui…
Je viens de voir cette viédo sur le blog de Joe Trippi et je me suis dis que je renverai vers elle les journalistes ou les étudiants qui veulent un point sur l’influence du net en politique. J’ai trouvé la vidéo grâce à aaaliens.com.
La réappropriation de nos existences passe aussi par la réappropriation des monnaies d’échange. C’est possible à l’âge numérique. Avec ces nouvelles monnaies, la notion de croissance vole en éclat. Nous passons de l’autre côté.
Même si je ne suis pas l’actualité, encore moins l’actualité US, Nicolas Willems de la RTBF m’a demandé de participer à une émission au sujet des élections américaines.
J’ai sans doute donné l’impression d’être blasé, mais je ne vois rien de neuf en politique électorale que n’a déjà mis en œuvre Joe Trippi pour Howard Dean en 2003/2004. Au moins si Obama est élu, aura-t-il peut-être les mains un peu plus libres que ses prédécesseurs, car il sera moins dépendant des gros donateurs.
Ce qui me déprime par avance c’est que mardi tous les blogueurs, à la suite des médias, vont se sentir obligés de commenter cette élection.
Je viens de colorer les commentaires postés par les gens qui cherchent à cacher leur identité (c’est un bricolage qui ne sera sans doute pas exhaustif). Il me semble que ce code couleur sera une information utile à tous les commentateurs. C’est un élément à prendre en compte dans les discussions. La franchise me paraît une qualité. Avoir le courage de ses opinions en est une autre. Personnellement, je n’ai pas envie de discuter avec les gens qui avancent masqués. Je ne dis pas qu’ils ont systématiquement tort mais leurs méthodes me déplaisent.
Avec swimmer21, nous allons tenter une de discussion audio-viédo au sujet Teilhard de Chardin. Comme il y a des slides, il faudrait que nous puissions effectuer un enregistrement audio vidéo simultané. Vous connaissez une solution simple mettre en œuvre ? On se voit mal enregistrer le son, puis le synchroniser sur les slides…
La nouvelle L’imprévu de Jack London commence ainsi :
C’est chose facile que de voir ce qui saute aux yeux, de faire ce qui est prévu. La tendance de la vie individuelle est plutôt statique que dynamique ; cette tendance devient propulsion grâce à la civilisation où on ne voit que ce qui est évident, où l’imprévu arrive rarement.
En 1906, London n’anticipait pas les black swans de Nicolas Taleb. Il note toutefois que leur survenu est terrible pour ceux qui ne savent pas attendre l’imprévu.